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	<title>Productions H&ocirc;tel-Motel | </title>
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	<item>
		<title>Les tours de Babel (Nous habitons tous au 84e étage.)</title>
		<link>https://productionshotelmotel.com/2021/09/11/les-tours-de-babel/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claudie Gariépy]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 11 Sep 2021 15:34:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Textes et prétextes]]></category>
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					<description><![CDATA[Mon cœur is on Ground Zero. Le 11 septembre, les tours de Babel sont tombées comme deux numéros 1 qui se haïssent. La tour Est, l’Orient, la tour Ouest, l’Occident. 1 + 1 = 11. Et s’en est fini de...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Mon cœur is on <em>Ground Zero</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Le 11 septembre, les tours de Babel sont tombées comme deux numéros 1 qui se haïssent. La tour Est, l’Orient, la tour Ouest, l’Occident. 1 + 1 = 11. Et s’en est fini de la Pax Americana. Personne ne se relèvera. Et même si des gens meurent tous les jours sous les bombes mondialisées, même si l’horreur est quotidienne dans nos quotidiens, le World Trade Center nous est tous tombé dessus, et c’est la panique générale, la 4<sup>e</sup> guerre mondiale. <em>You do not mess with trade when you speak to the center of the world</em>. Nous sommes en guerre. Et nous faisons semblant de rien. « Nous sommes tous américains », nous disent-ils. Leur souffrance est si bien médiatisée, <em>now, death, smile to the camera</em>. Les poumons de Bhopal, les enfants sous embargo et uranium appauvri de l’Irak, les massacres d’Ogonis sous la coquille de Shell, les millions de machettes du Rwanda n’avaient pas le charisme des vols planés vers le 84<sup>e</sup> étage. Les machettes ne font pas les manchettes. <em>The world will not trade his center</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Et les barbus rient dans leur barbe. Les guerres mondiales ont été les premiers produits de la mondialisation. La peur n’a plus de frontières. Elle passe comme une lettre à la poste. Anthrax. Et les barbus rient à notre barbe. Tout le monde part en guerre sainte. Les bons contre les bons, <em>God is on our side, Allah is on theirs</em>. <em>Billy the Kid against Al-Qaeda, dead or alive</em>. C’est eux, les Twin Towers, ils disent exactement la même chose. Nous allons éradiquer le terrorisme, celui qu’on a financé, les talibans qu’on a aidé contre les Russes, Al-Qaïda financé par la CIA, les Irakiens qu’on a armés Iran Gate. <em>And the gates of fear are wide open like the gates of paradise towards Allah. </em>Ils font peur, ils sont bien armés, ils auraient même les armes chimiques, on le sait, c’est nous qui leur avons froidement donné gracieuseté guerre froide. La ligue mondiale contre le terrorisme a ses éliminatoires, comme le baseball. On compte les <em>scores</em>. On crie terrorisme, celui que l’autre équipe appellera toujours résistance, celui qui traîne aux quatre coins de ma télé, à Beyrouth, à Belfast, à Ankara, à Oklahoma. C’est tout ça qu’ils veulent éradiquer?</p>
<p style="text-align: justify;">Ils disent chercher les leaders. Comme Saddam Hussein en 1990? Il est encore emmitouflé dans son embargo uranium et pays appauvri, à l’abri depuis 12 ans, inaccessible, entouré des cadavres de ses centaines de milliers d’enfants morts. Ou plutôt comme Eric Rudolph<span style="color: #d90404;"><a style="color: #d90404;" href="#_ftn1" name="_ftnref1"><sup>[1]</sup></a></span>? Le parachutiste US qui a battu les records du saut avec sa bombe aux jeux d’Atlanta, le Robin Hood de la farine blanche de l’extrême droite blanche intégriste américaine qui reste encore introuvable, caché depuis cinq ans dans les Appalaches de la Caroline du Nord, comme d’autres se cachent dans les sommets stupéfiants de l’Afghanistan.</p>
<p style="text-align: justify;">Eric Rudolph à Atlanta, Timothy McVeigh<span style="color: #d90404;"><a style="color: #d90404;" href="#_ftn2" name="_ftnref2"><sup>[2]</sup></a></span> à Oklahoma, comme des tumeurs au cœur même du Fat America. <em>Are you gonna bomb the red necks? </em>Bhopal, 6000 morts. <em>Are you gonna bomb Union Carbide?</em> <em>And what about</em> le Sommet des Amériques de Québec? <em>Are you gonna bomb </em>Montréal pour Germinal? C’est quoi la différence entre la bombe à Oklahoma et celle à Kandahar? Et la différence entre un F-14 et un 747? La guerre du Golfe, ce n’est pas le match Tiger Woods – Jean Chrétien. Le 11 du 9, 911, 3000 morts. 1990, 47 jours de bombardements en Irak, 200 morts chez les alliés, 200 000 à 300 000 morts chez les Irakiens. C’est 4000 à 6000 morts par jour. À chaque jour, un World Trade Center gracieuseté ONU, et ça, pendant 47 jours. Combien de jours vont-ils frapper en Afghanistan? Juste sur des cibles stratégiques qu’ils disent? Comme ils le disaient en l’Irak en 1990? Le 16 octobre 2001, les entrepôts de la Croix-Rouge en Afghanistan explosent. Ils étaient stratégiques? Ben Laden y était caché? Boum. Il y est revenu le 26 octobre? Deux autres entrepôts qui explosent. Boum boum. Une erreur? Le mot terrorisme ne vient pas du mot erreur. On bombarde, on envoie du riz par parachute comme de la publicité placebo, on met tout ça dans les entrepôts, on bombarde les entrepôts? Boum boum boum.</p>
<p>Qu’est-ce qu’il faut lire entre les lignes?</p>
<p style="text-align: justify;">Si les lignes téléphoniques sont dorénavant écoutées, c’est parce qu’il s’y dit plus de choses qu’à la télé. Terrorisme vient de terreur, c’est le facteur qui me l’a dit.</p>
<p style="text-align: justify;">Qui gagne? Et qui sait même à quoi on joue? Veulent-ils vraiment avoir Ben Laden? <em>Ban the Talibans</em>, ok, c’est sûr, mais pourquoi maintenant? Libérer l’Irak c’est beau, mais pourquoi pas le Libéria? Au lieu d’envoyer des sacs de riz, on envoie des sacs de ciment pour solidifier la haine ou des sacs de sable pour monter les tranchées. Notre argent, nos fonds spéciaux, ils ne font rien de spécial, ils font la mort comme une habitude. Ils cultivent la rancune et l’inégalité en plantant de nouveaux champs minés.</p>
<p style="text-align: justify;">Tant qu’on tuera leurs héros, d’autres se relèveront. Et les Palestinien·ne·s en camps depuis quatre générations haïront encore plus. Et les Irakien·ne·s ne pensent qu’à apprendre à piloter. 3000 à 6000 enfants morts par mois en Irak pendant l’embargo UN. De 1990 à aujourd’hui, un à deux World Trade Center par mois bourrés d’enfants en bas de cinq ans. Elle est belle la justice du shérif. Les enfants qui ont survécu apprennent à jouer avec un <em>cutter</em>. Un tiers du monde fait des diètes pendant que les deux autres crèvent de faim. Et ils le savent. Plus on frappera, plus la haine sera forte. Et plus les camps d’entraînement seront bondés. Comme nos supermarchés. Les têtes des leaders tomberont peut-être comme des tours, mais d’autres fanatiques se lèveront comme un tic nerveux psychosomatique. Seul un ventre nourri n’a pas de rage. Et les entrepôts de la Croix-Rouge ont explosé. C’est sûr, c’était une cible, il y avait une croix dessus.</p>
<p style="text-align: justify;">Combien de morts faudra-t-il pour venger l’Amérique? Plus personne ne compte les victimes là-bas. Mais Gina Ferrera qui travaillait au 84<sup>e</sup> étage le 11 septembre, elle était au courant de l’embargo sur l’Irak? Et Joe Montana, 56<sup>e</sup> étage, est-ce qu’il comprenait les effets de l’uranium appauvri? Le jour même, les soldats de l’information nous ont parlé d’un nouveau Pearl Harbor. <em>And Fat Boy is fatter than ever. Where will be the new Hiroshima?</em> Combien de temps dureront les radiations? Combien de pays sauteront du 84<sup>e</sup> étage? Plus personne ne parle des mosquées américaines qui se font incendier. Plus personne ne parle de rien. Est-ce que Bush le savait? C’est normal que personne ne pousse le débat et qu’on n’en parle plus? C’est quoi cette histoire de pipeline de pétrole de la compagnie américaine Unocal qui devait passer en Afghanistan? C’est pratique le baseball. C’est propre les <em>soap opera</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">L’information porte le tchador en Amérique. C’est une bombe à fragmentation. Elle est fragmentée pour qu’on pense tou·te·s la même chose. Qu’on éclate tou·te·s en même temps. Quand nos bombes à fragmentation n’explosaient pas en Afghanistan, elles devenaient des mines antipersonnel. Elles avaient alors la même couleur que les dépôts de nourriture si généreusement parachutée <em>wrapped in an american flag</em>. Et les réfugié·e·s se sont trompé·e·s. Et elles et ils ont explosé. De la mort camouflée en aide humanitaire. Voilà le plan américain. La machine somnifère est forte. Plus personne ne demande au W ce qu’il savait de la vérité. W : <em>double V for victory</em>. Plus personne ne parle des mosquées incendiées. On ne parle que des méchants musulmans. Mais Sowad Kouri travaillait, elle aussi, au 56<sup>e</sup> étage. Avec Mohamed Tout Le Monde et Jamila N’importe Qui, avec les sikhs et les Portoricains. Même Philippe Ducros travaillait au 56<sup>e</sup> étage, à quelque part. Et quand on ne pleurera plus les innocent·e·s, la machine de la haine dirigera nos gestes comme un avion téléguidé BBC. Et l’on frappera.</p>
<p style="text-align: justify;">Bush a parlé vengeance avant de pleurer deuil. « Débouchez-le quelqu’un », crie la foule, et Ben Laden le chirurgien aux <em>cutters</em> est arrivé par avion. On a les B-52 qu’on peut.</p>
<p style="text-align: justify;">Ils disent qu’ils ont été attaqués parce qu’ils représentent la démocratie, la liberté, le bien. Le bien pour eux, c’est l’embargo <em>Oil-for-Food</em> après la guerre du Golfe. De 500 000 à 1,5 million de morts. De faim. Une majorité d’enfants. La liberté pour eux, c’est la mort d’Allende le 11 septembre 1973 commanditée USA, c’est les Contras du Nicaragua, les escadrons de la mort du Salvador. La démocratie pour eux, c’est le pouvoir aux compagnies, c’est l’erreur Union Carbide, c’est les Ogonis du Nigeria que l’on pompe contre le pétrole de Shell. <em>A Shell is an empty bullet.</em> Ce sont les gardiens de la paix, eux, les plus grands <em>pushers</em> d’armes, les grands frères des Turcs contre les Kurdes, des Israéliens contre les Palestiniens.</p>
<p style="text-align: justify;">Le monde entier est indigné parce que les gentils et photogéniques tueurs en séries américains sont blessés, alors mort aux terroristes. C’est le début d’une nouvelle ère. Les gens ne font que commencer à tomber du 84<sup>e</sup> étage. Et la peur restera <em>number one</em> au <em>mailing list</em>. Peu à peu, tout le monde risque de porter le voile. La faim. Le viol comme arme de guerre. La liberté d’expression comme un souvenir, le droit à la vie privée comme une idée périmée<span style="color: #d90404;"><a style="color: #d90404;" href="#_ftn3" name="_ftnref3"><sup>[3]</sup></a></span>. Peu à peu, plus personne ne parlera. C’est un <em>drive-thru</em> pour un Big-Maccarthysme mondialisé. Tout·e dissident·e, tout·e manifestant·e peut être accusé·e de terrorisme. Les frontières ouvertes aux capitaux, fermées aux citoyen·ne·s. La paranoïa postale nous a tou·te·s rendu timbré·e·s. Toute ligne est écoutée, mais pour se faire entendre, il faudrait peut-être se kamikaser. Plus personne ne dansera, la terre sera voilée et l’information, violée. Et les intégristes morts sous nos bombes auront gagné.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>In loving memory of the victims of the fall of the Twin Towers</em> qu’on ne fait que commencer à compter. Dans ma télé, ils m’ont préparé pour dix ans. Je vais voir des gens sauter du 84<sup>e</sup> pendant dix ans. Des pays au complet vont sauter du 84<sup>e</sup> étage. Les libertés aussi sont en train de sauter. Je pleure pour tou·te·s celles et ceux qui, de près ou de loin, sont morts à New York, à Washington, dans les avions, en Afghanistan, en Irak, dans l’Afrique au complet, dans les embargos, dans les intifadas, à Nagasaki, à Hiroshima, je pleure celles et ceux qui sautent du 84<sup>e</sup> par désespoir, je pleure celles et ceux qui sautent sur une mine que les Américains ont refusé de traiter ou de signer le traité, je pleure de rage envers celles et ceux qui sautent de joie, je pleure sur le peu de liberté acquise qui est en train de sauter, je pleure pour une époque révolue qui prend l’ascenseur pour monter au 110<sup>e</sup> étage de la peur, je pleure contre les guerres saintes américano-coraniques, je pleure les victimes des idées des autres, des extrémistes capitalistes ou des intégristes fondamentalistes, je pleure les victimes des bouchers gantés de slogans, d&rsquo;idées et du sentiment d&rsquo;avoir suffisamment raison pour se donner le droit de tuer, qu’ils appartiennent à la tour d’Orient ou à celle d’Occident.</p>
<p style="text-align: justify;">Je ne peux pas m’arrêter de pleurer. L’injustice envers l’Amérique n&rsquo;est pas plus grande, elle est simplement mieux médiatisée. Nos panses sont bombées, leurs villages aussi. Nos supermarchés sont pleins, leurs camps d’entraînement aussi. Les régimes amaigrissants font face aux régimes totalitaires. Ils ont faim, nous sommes anorexiques. Ils ont peur, nous avons la télé. Nous avons des doctorats, ils n’ont pas de docteurs. Nous avons du Prozac, ils n’ont pas de vaccin. L’écart est trop grand. Nous n’avons plus de raisons de vivre, ils ont une raison de mourir. Et même si nous ne sommes pas plus heureux, notre cinéma publicitaire prétend le contraire, il vend le mode de vie silicone et supermarché. Et eux n’ont rien. Et ils le savent. Ils le disent même, mais personne ne les écoute. Alors, ils écoutent les slogans des vendeurs d’espoir, de sens. Ils apprennent la haine à l’école. Cachés derrière leur fausse barbe, des <em>pushers</em> d’armes et d’héroïne disent faire d’eux des héros. Ils n’ont que la mort comme vie. On leur promet le paradis, on leur donne un peu de poudre magique dans une enveloppe, un faux passeport pour l’espoir, ils prennent l’avion destination <em>center of the world</em>, et ils changent le monde. <em>Ground Zero</em>. Les ventres vides sont des <em>Ground Zero</em> portatifs. Les cœurs sans espoir sont des <em>World Trade Center</em> quotidiens. Je pleure et j&rsquo;ai peur. D’autres tours tomberont.</p>
<p>Nous sommes en guerre. Et nous sommes l’ennemi.</p>
<p><em> </em><em> </em></p>
<hr />
<p style="text-align: justify;"><em>Ce texte a été écrit en 2001. Quelques détails ont été modifiés en 2021… Et ce, en plus d’un travail d’inclusion dans l’écriture, parce que si on a l’impression que rien n’a changé depuis 2001 à part le fait qu’on soit plus profond que jamais dans les sables mouvants, il y a au moins cet effort d’inclusion qui, lui, a changé, et c’est toujours ça.</em></p>
<hr />
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #d90404;"><a style="color: #d90404;" href="#_ftnref1" name="_ftn1"><sup>[1]</sup></a></span> Eric Robert Rudolph, aussi connu sous le nom d’Olympic Park Bomber, né le 19 septembre 1966, est un terroriste d&rsquo;extrême droite chrétienne anti-avortement et suprémaciste blanc américain responsable d&rsquo;une série d&rsquo;attentats à la bombe à travers le sud des États-Unis entre 1996 et 1998. Il est notamment connu pour l&rsquo;attentat du parc du Centenaire perpétré à Atlanta pendant les Jeux olympiques d&rsquo;été de 1996 et qui fait 2 morts et 111 blessés.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #d90404;"><a style="color: #d90404;" href="#_ftnref2" name="_ftn2"><sup>[2]</sup></a></span> Timothy James McVeigh est un vétéran de l&rsquo;armée américaine, ancien combattant en Irak. Le matin du 19 avril 1995, il fait exploser un camion piégé devant un bâtiment fédéral d&rsquo;Oklahoma City. L&rsquo;attentat d&rsquo;Oklahoma City tue 168 personnes et en blesse plus de 680 autres; c&rsquo;est l&rsquo;acte de terrorisme le plus meurtrier de l&rsquo;histoire des États-Unis jusqu&rsquo;aux attentats du 11 septembre 2001. Sa bombe tue, entre autres, dix-neuf enfants, quatre visiteurs et quinze dans la garderie du bâtiment.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3" name="_ftn3"><span style="color: #d90404;"><sup>[3]</sup></span></a> Le USA PATRIOT Act est une loi antiterroriste votée par le Congrès des États-Unis et signée par George W. Bush le 26 octobre 2001. Cette loi crée les statuts de combattant ennemi et combattant illégal, qui permettent au gouvernement des États-Unis de détenir sans limite et sans inculpation toute personne soupçonnée de projet terroriste. Elle autorise les services de sécurité à accéder aux données informatiques détenues par les particuliers et les entreprises, sans autorisation préalable et sans en informer les utilisateurs.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Le fossé de mon ami Roger</title>
		<link>https://productionshotelmotel.com/2018/12/03/le-fosse-de-mon-ami-roger/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marie]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 03 Dec 2018 20:12:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Textes et prétextes]]></category>
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					<description><![CDATA[L’environnement s’invite au parlement, 10 novembre 2018 À l’automne 2014, on s’est retrouvé ici, à Cacouna, ma blonde et moi, à manifester comme aujourd’hui. On défendait à l’époque le vrai bon sens et la pouponnière de bélugas menacés par des gens...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-weight: 400;">L’environnement s’invite au parlement, </span><span style="font-weight: 400;">10 novembre 2018</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">À l’automne 2014, on s’est retrouvé ici, à Cacouna, ma blonde et moi, à manifester comme aujourd’hui. On défendait à l’époque le vrai bon sens et la pouponnière de bélugas menacés par des gens qui voulaient faire passer 1,1 millions de barils de pétrole par jour, là, devant. Cette fois-là, on a gagné, ne l’oublions pas, ils ne sont pas passés. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Le lendemain, ma blonde et moi, on faisait une offre à Saint-André-de-Kamouraska. Là, au cœur de la beauté, on s’est fait un clan, là, on a conçu nos deux filles, là, on a un peu réappris à vivre. Parce que ce n’est pas simple, vivre de nos jours. Honnêtement, ça manque trop souvent cruellement de beauté. C’est important, la beauté. Ça aide à respirer. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Aujourd’hui, je suis ici, parce que je crois qu’il faut plus que jamais la défendre, cette beauté. Et on n’est pas les seuls à le dire, les plus grands scientifiques disent qu’on a deux ans pour faire quelque chose, que 60 % des animaux sauvages ont disparu depuis que je suis venu au monde. Et je ne suis pas si vieux. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Ils ne sont pas seuls, les scientifiques à dire que ça ne va plus. Mon ami Roger aussi, me racontait que cet été, le fossé sur sa terre était à sec. Roger, c’est un vrai. Il a des mains comme des tracteurs, et le cœur sur la main. Il est né pas trop loin d’ici, à St-André, dans la même maison où il habite encore. Jamais, depuis qu’il est né, le fossé chez lui avait été sec. Et il me dit que c’était pareil cet été chez les autres agriculteurs, partout à la ronde. Tout était sec. Donc cet hiver, il n’y a pas de paille et le foin est cher. Si ça continue, qu’est-ce qu’elles vont manger, mes filles? Comment elles vont apprendre à vivre, elles? </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Alors oui, je m’engage à faire tout ce que je peux. Pas à être parfait, pas à marcher sur les eaux, de toute façon, il y en a plus dans le fossé de mon ami Roger, pas à me changer en super-héros dans une cabine téléphonique sale. Juste à faire de mon mieux, à faire plus. Mais je sais que ça ne sera pas assez. Je suis ici aujourd’hui aussi pour forcer les portes du parlement. Parce que je ne peux pas donner à boire au fossé de mon ami Roger tout seul, je ne peux pas protéger seul les bélugas, je ne peux pas donner le gout de vivre à mes filles seul. Le fossé est trop grand entre l’industrie et moi. Notre dépendance au pétrole est trop grande. Il faut des lois. Il faut des mouvements de société, il faut un changement de cap, et pour ça, il faut un capitaine qui veuille naviguer dans les eaux troubles de cette menace climatique et nous mener à bon port, comme ces capitaines qui montent à bord des gros cargos aux Escoumins, pas loin d’ici, parce que les eaux du fleuve sont trop périlleuses. La science est claire, l’époque est périlleuse. Mais la science dit aussi qu’on peut changer de cap et éviter que la Terre soit à <em>broil</em>, on peut changer de cap tout en préservant une vitalité économique, et on a les moyens de changer de cap. Ce qu’on ne peut pas, c’est continuer à creuser le fossé. Il est temps de penser aux sept prochaines générations comme nous l’apprennent les Premières Nations qui habitent depuis toujours ce vaste territoire non cédé, rappelons-le, qui nous guide de sa beauté. Il faut protéger les pruniers, les carpes, les carburons, les bélugas, l’immensité, l’espoir de mes filles et de leurs enfants, et l’eau du fossé de mon ami Roger. </span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="color: #ff0000;"><a style="color: #ff0000;" href="https://www.lepacte.ca/" target="_blank" rel="noopener"><span style="font-weight: 400;">www.lepacte.ca</span></a></span></p>
<div></div>
<div style="text-align: justify;"></div>
<div></div>
<div><img fetchpriority="high" decoding="async" class="aligncenter wp-image-2037 size-large" src="https://productionshotelmotel.com/wp-content/uploads/2018/12/IMG_6062crC-1024x769.jpg" alt="Le fossé de mon ami Roger" width="1024" height="769" srcset="https://productionshotelmotel.com/wp-content/uploads/2018/12/IMG_6062crC.jpg 1024w, https://productionshotelmotel.com/wp-content/uploads/2018/12/IMG_6062crC-300x225.jpg 300w, https://productionshotelmotel.com/wp-content/uploads/2018/12/IMG_6062crC-768x577.jpg 768w, https://productionshotelmotel.com/wp-content/uploads/2018/12/IMG_6062crC-800x600.jpg 800w, https://productionshotelmotel.com/wp-content/uploads/2018/12/IMG_6062crC-700x526.jpg 700w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></div>
<div></div>
<div></div>
<div><img decoding="async" class="aligncenter wp-image-2038 size-large" src="https://productionshotelmotel.com/wp-content/uploads/2018/12/IMG_6064crC-1024x423.jpg" alt="Le fossé de mon ami Roger" width="1024" height="423" srcset="https://productionshotelmotel.com/wp-content/uploads/2018/12/IMG_6064crC.jpg 1024w, https://productionshotelmotel.com/wp-content/uploads/2018/12/IMG_6064crC-300x124.jpg 300w, https://productionshotelmotel.com/wp-content/uploads/2018/12/IMG_6064crC-768x317.jpg 768w, https://productionshotelmotel.com/wp-content/uploads/2018/12/IMG_6064crC-700x289.jpg 700w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></div>
<div></div>
<div></div>
<div style="text-align: right;">Photos : © Corine De Repentigny (2018).</div>
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			</item>
		<item>
		<title>La place publique</title>
		<link>https://productionshotelmotel.com/2017/12/03/la-place-publique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marie]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 03 Dec 2017 20:53:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Textes et prétextes]]></category>
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					<description><![CDATA[P.O.W de la guerre économique La place publique… Celle qui est à tous, qui appelle au rêve commun… On y faisait des foires, des bals et des débats, des marchés agricoles, les cirques y montaient leurs chapiteaux, et surtout, on...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>P.O.W de la guerre économique</p>
<p style="text-align: justify;">La place publique… Celle qui est à tous, qui appelle au rêve commun… On y faisait des foires, des bals et des débats, des marchés agricoles, les cirques y montaient leurs chapiteaux, et surtout, on s’y rencontrait. On y échangeait des idées, des fromages, des peurs et des fleurs. On débatait du monde, du futur, on se redéfinissait. On se parlait, on s’embrassait pour la première fois à l’ombre des arbres et des débats de biens communs… Qu’est-ce qu’il en reste, de cette place?</p>
<p style="text-align: justify;">Depuis trop longtemps, on veut nous faire croire qu’on ne peut plus se la payer, cette place publique. Que le débat public ne devrait se faire qu’une fois tous les quatre ans. Que notre pouvoir démocratique en tant qu’individu, ça ne devrait être que ça… Un vote. Qu’il est possible de boycotter les classes pour descendre la rejoindre, la place publique, mais qu’on doit le faire de façon privée, non pas collectivement en grève, mais individuellement en boycott, comme on boycottait les produit de l’Apartheid, comme on devrait boycotter ceux d’Israël… Et que ne pas respecter les injonctions qui nient le droit de grève, est passible de prison. L’université clientéliste. J’ai payé, j’ai le droit d’y aller… L’individu, le je…</p>
<p style="text-align: justify;">L’éducation n’est que le dernier exemple… Peu à peu, l’espace publique se trouve encerclé, pris au siège par la grande vente aux enchères. Le privé avance et la bouffe, cette place du publique, du vivre ensemble, les nouveaux marchés résistent tant bien que mal, plus mal que bien… Peu à peu les hôpitaux risquent de se transformer en terrains de jeux PPP pour les pharmaceutiques avec vacances dans le sud et fin de semaine de ski payés au employés médecins devenus vendeurs de pilules; les universités deviennent des étables à poulains aérodynamiques près à conquérir les marchés; on va y extraire bientôt les matières scolaires comme on extrait des matières premières, les bancs d’écoles devenus bancs d’essais de produits; les recherches, des études justificatrices; les journaux, des outils de vente, les médias de masses, des massues idéologiques… Même notre sous-sol ne nous appartient plus, certains veulent venir creuser sous notre maison pendant qu’on dort… Certains veulent driller dans le fleuve pour qu’on dorme au gaz naturel une bonne fois pour toute.</p>
<p style="text-align: justify;">Et peu à peu, coupure après contrition, concession après relocalisation, à mesure des compressions et des restructurations, au fil de la violence silencieuse de ce vocabulaire d’austérité, pour nous, les quidams sans numéro d’entreprise, la course pour joindre les deux bouts devient de plus en plus violente. On se retrouve en mode survie, à payer nos cartes de crédits. La jungle repousse alors en nous. La liberté elle-même devient privé, individuel, peu importe l’autre, peu importe les générations futures, j’ai le droit, et je dois payer mes dettes, protéger les investisseurs, c’est la crise, à chacun ses problèmes, fait ta part toi aussi, ta juste part, de toute façon, pas de place pour te voir, désolé, on m’a demandé de faire de mon lit double un lit simple, plus de place pour toi, pour personne d’autre que moi. De toute façon je reste à la maison devant mon ordi, là, j’en ai plus que mille, des amis… Peu à peu nos gadgets électroniques et nos réseaux sociaux nous servent de succédanés aux places publiques…</p>
<p style="text-align: justify;">Dans ce climat, la pensée elle-même s’anorexise, se cannibalise, se retrouve le gun austère à la tempe. Peu à peu notre pensée se réduit, elle fond en 140 caractères… On erre de festivals en places des festivals, de lobbys en logos, de loft story en commissions Charbonneau, on écoute le freak show, bien certain d’avaler la publicité et la météo en fin de soirée, près à changer d’idée comme on change de poste. Comme alphabet, ne reste que le X des radios X, que le refus, que la marque de celui qui ne sait pas écrire. On développe la haine de l’artiste, de la pensée, même. On y dénigre les intellectuels, on vide les discours politiques et on les remplace par des atteintes à la personne, on vide les informations et on les remplace par des sondages, on la manipule l’information, on la vend au plus offrant, on ferme les émissions de contenus et on met à la place des quiz, on fausse l’opinion public de données erronées, on ment, on méprise, on divise, on règne.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors, chacun pour soi, on s’autocensure coincés dans nos autos dans le trafic de la construction qu’on sait mafiée, à écouter les radios poubelles, à se sentir comme une ordure aux prises avec ces animateurs qui vomissent sur la place publique, sur son rôle. On panique, coincé, on ne sait plus contre qui crier, on rage au volant contre son voisin, celui qui s’est noyé dans sa piscine sans eau, coupures obligées…</p>
<p style="text-align: justify;">Sans place publique, on se transforme en loup blessé, on quitte la meute, pour se lécher, et grogner. Demain on jouera au Hockey seul contre la bunch, la place publique sera de glace, combat ultime, marché aux esclaves, chacun gladiateur, fauve même devant la pression du pain et des jeux. Nos rêves assoiffés, nos enfants et nos pays pris en otage, endettés…</p>
<p style="text-align: justify;">À travers de cette prise d’otage, c’est en nous qu’elle diminue peu à peu, la place publique… On désapprend à penser, pour apprendre à compter. Le nous devient je, l’autre, un ennemi.</p>
<p style="text-align: justify;">La guerre économique gronde. Avant, on mettait des cagoules pour faire la guerre à la guerre… Résister, voler des banques, hijacker des avions… Aujourd’hui, c’est la guerre qui se met une cagoule pour nous voler, nous hijacker. La guerre civile est invisible chez-nous, camouflés de bonnes intentions, de sondages, de plan de redressement, d’austérité. Il nous faut montrer que la guerre civile est totale et omniprésente. Il nous faut reprendre la place publique, elle nous appartient… Reprendre l’espace mental, redonner vie aux idées, à la pensée, aux chercheurs, aux intellectuels, aux poètes, avant qu’on soit tous analphabètes et qu’on doive avoir recourt aux écrivains publics pour écrire nos lettres d’amour-propre. Notre ville sera notre manuscrit. Une page blanche contre cette nouvelle traite des noirs. Contre l’esclavage moderne, le fascisme délicat et la stérilisation ambiante.</p>
<p style="text-align: right;">Photo : Philippe Ducros, USA, 2007</p>
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		<title>Là où se cache le Hamas</title>
		<link>https://productionshotelmotel.com/2009/01/19/la-ou-se-cache-le-hamas/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claudie Gariépy]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 19 Jan 2009 14:01:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Textes et prétextes]]></category>
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					<description><![CDATA[Je suis rentré mardi soir d&#8217;un troisième voyage en Palestine occupée et en Israël. Outre le fait que de voir le constant pilonnage (parfois jusqu&#8217;à une explosion chaque minute) donne une réalité troublante de l&#8217;ampleur de l&#8217;offensive, outre l&#8217;incroyable violence...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="lead">Je suis rentré mardi soir d&rsquo;un troisième voyage en Palestine occupée et en Israël. Outre le fait que de voir le constant pilonnage (parfois jusqu&rsquo;à une explosion chaque minute) donne une réalité troublante de l&rsquo;ampleur de l&rsquo;offensive, outre l&rsquo;incroyable violence des impacts (où les débris montent à des hauteurs qui donnent aux édifices adjacents des allures de nains), il me semble crucial de rapporter ici certains constats faits lors de ce séjour.</p>
<p>Sans aucun doute, Israël a le droit de revendiquer la sécurité de ses citoyens et de prendre les moyens nécessaires pour y arriver. On comprend le souhait d&rsquo;éradiquer le Hamas, un organisme obscurantiste et dangereux. Oui, les qassams doivent s&rsquo;arrêter, tout comme doit s&rsquo;arrêter l&rsquo;occupation.</p>
<p>Mais l&rsquo;anéantissement du Hamas est-il vraiment ce que cherche Israël?</p>
<p>Le Hamas fait partie de ces groupes qui se nourrissent du ressentiment, de l&rsquo;humiliation et la souffrance d&rsquo;un peuple, de son besoin de résistance et du besoin d&rsquo;un avenir actuellement inaccessible. Inutile de chercher à le déloger par les armes, il se cachera encore plus profondément dans les âmes. On ne peut pas nier à un peuple le droit d&rsquo;exister et s&rsquo;attendre ensuite à ce qu&rsquo;il ne résiste pas. Et c&rsquo;est sur ce besoin vital que le Hamas puise sa force. Il utilise la peur, l&rsquo;humiliation, le désespoir et le manque pour grossir, pour vivre. On peut détruire tous les qassams de ses militants, ceux-ci reviendront encore et toujours, quitte à le faire avec les armes des plus pauvres d&rsquo;entre les pauvres, le retour des bombes humaines. Faute de lancer leurs roquettes artisanales, ils feront sauter leur rancune, leur douleur et leur peur dans les autobus qui mèneront de l&rsquo;enfance à l&rsquo;horreur. Le trajet est simple. L&rsquo;autobus est plein. On peut croire à la destruction des tunnels où ils s&rsquo;approvisionnent, le plus puissant d&rsquo;entre eux se creusera encore plus loin au coeur du désespoir des civils, des familles en deuils, des fils de «martyrs». Partout où je suis allé en Cisjordanie, là où le Hamas n&rsquo;avait plus d&rsquo;assises réelles ni de crédibilité, il m&rsquo;a fallu constater son renforcement, voire, sa résurrection. Il a aujourd&rsquo;hui la cote dans les passions. Par cette offensive, Israël dope le Hamas aux stéroïdes.</p>
<p>Sans eau, sans électricité, sans horizon autre qu&rsquo;un mur de ciment de huit mètres de haut, sans avenir autre que les camps surpeuplés, les <em>checkpoints</em> omniprésents, l&rsquo;humiliation des permis, l&rsquo;aléatoire des incursions, des emprisonnements, des assassinats sélectifs, des maisons détruites par punitions collectives, des oliviers rasés, du racisme le plus abject et des sanctions les plus répressives, des couvre-feux et des barrages, sans les composantes mêmes de la dignité, la vie n&rsquo;est plus qu&rsquo;une bulle dans le narguilé de Dieu. Ne restent que les mosquées où se rassembler. Et les barbus récoltent autant de disciples que de poils à leurs barbes.</p>
<p>Cette dernière offensive vient cimenter le désespoir. Ont déjà explosé : les postes de police, les ministères de l&rsquo;Intérieur, des Affaires étrangères, des Travaux publics, de la Justice, de l&rsquo;Éducation, du Travail et de la Culture, le palais présidentiel, le Parlement, le bureau du premier ministre. La population en conclut que ce n&rsquo;est pas seulement le Hamas qui est visé, mais la vie même de la bande de Gaza et de ses habitants. Trois écoles de l&rsquo;ONU ont été bombardées, dont une où plus de 40 personnes qui y avaient trouvé refuge ont été tuées. Quand apparaît l&rsquo;argument des boucliers humains, il est bon de savoir que la bande de Gaza est l&rsquo;endroit où la densité de population est la plus élevée du monde. On trouve dans le camp de Jabalya plus de 100 000 habitants sur un à deux kilomètres carrés.</p>
<p>Il faut remarquer qu&rsquo;un Hamas fort permettra toujours aux Israéliens de repousser l&rsquo;idée de deux États côte à côte, remettant à jamais la création de l&rsquo;État de la Palestine. Ces agressions ne feront qu&rsquo;enflammer la rage des groupes armés de Palestine, les poussant à l&rsquo;action et permettant une fois encore à Israël de se défendre, et ainsi de ne pas respecter ce envers quoi il s&rsquo;est engagé, soit : l&rsquo;arrêt de la colonisation, la levée des sanctions et des sièges, et finalement l&rsquo;arrêt de l&rsquo;occupation et la création d&rsquo;un État palestinien indépendant.</p>
<p>Cela dit, ce qui est encore plus terrifiant, c&rsquo;est que ce nouveau massacre grossit également la haine et la rancune des autres musulmans partout dans le monde. Partout, ils se sentent humiliés. Ils s&rsquo;identifient aux Palestiniens. Il est évident que les barbus, que ce soient ceux du Liban ou de Palestine, ou encore plus inquiétant, ceux d&rsquo;Iran, d&rsquo;Afghanistan ou ceux d&rsquo;<a href="https://www.ledevoir.com/al-qaida">al-Qaïda</a>, sauront tirer profit de l&rsquo;horreur de cette destruction massive. Plus la supposée riposte sera démesurée, plus seront alimentées la rancune et la haine.</p>
<p>L&rsquo;impunité complète dont jouit Israël en occident face à ses actions doit cesser. Nos gouvernements sont coupables d&rsquo;une augmentation des tensions qui risque fort d&rsquo;être explosive. Nous devenons alors la vache à lait de cet ennemi invisible et omniprésent, en alimentant sa source de vie qui est cette rancune, ce désespoir. Nous devenons l&rsquo;ennemi.</p>
<p>Il y a moins d&rsquo;une semaine, je marchais dans les rues désolées du secteur H-1 au centre-ville d&rsquo;Hébron, centre industriel du sud de la Cisjordanie. À Hébron, 400 colons vivent protégés par 2000 soldats. Les soldats sont partout. Certains sont en colère envers les colons qu&rsquo;ils considèrent comme les plus radicaux de tous les radicaux. C&rsquo;est à Hébron que Barush Goldstein, colon radical, a ouvert le feu en 1994 pendant la prière, dans la mosquée Ibrahimi, le caveau des Patriarches où repose Abraham. Vingt-neuf morts sur le coup. C&rsquo;était un fou, me direz-vous, un fanatique&#8230; Ce qui est encore plus inquiétant, c&rsquo;est que dans East Har Hevron, la colonie qui borde le secteur H-1, une stèle a été érigée en son honneur au milieu d&rsquo;un parc.</p>
<p>À la sortie du secteur H-1, j&rsquo;ai croisé un Palestinien, commerçant dans une des deux boutiques encore ouvertes pour les touristes. Je lui ai demandé : « Comment va la vie? » Il m&rsquo;a répondu : « On ne peut pas demander à un homme sans emploi comment va le travail ou à un célibataire comment vont ses amours&#8230; C&rsquo;est pareil pour nous avec la vie. »</p>
<p>Si vous voulez qu&rsquo;ils arrêtent de tuer au nom de la vie, donnez-leur le sentiment d&rsquo;en avoir une.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span style="color: #ff0000;"><a style="color: #ff0000;" href="https://www.ledevoir.com/opinion/idees/228174/la-ou-se-cache-le-hamas?" target="_blank" rel="noopener"><em>Ce texte a été publié dans la section Idées du journal </em>Le Devoir<em> le 19 janvier 2009.</em></a></span></p>
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