© Théo Gravereaux / Théâtre Espace Libre / avril 2014

EDEN MOTEL

 

Entre 1300 et 2000 personnes mettent fin à leurs jours chaque année au Québec.

 

Un homme noyé dans une dépendance pharmacologique multiple abandonne tout et s’enfuit sur les routes à la recherche d’un sens, d’une raison, de quelque chose. Il échoue sur la grève d’un motel d’autoroute. Chambre 1. Commence un séjour à mi-chemin entre la rédemption et la réhabilitation. Il rencontre peu à peu les naufragés qui occupent les chambres du motel. Ensemble, ils regardent la mer, déchiffrent le cri des mouettes et font face à leur vide. On y parle du malaise de l’Amérique, de sa difficulté au bonheur, du contraste entre son opulence et son taux de suicide.

 

Êtes-vous heureux? Qu’en est-il du bonheur en nos démocraties qui en font saliver plus d’un? Au Québec, la première cause de mortalité chez les hommes de 20 à 40 ans est le suicide. Il ne faut que 15 minutes pour se faire prescrire des antidépresseurs au CLSC. Et les profits des compagnies pharmaceutiques battent des records olympiques… Qu’est-ce qui, en notre mode de vie, nous tue ? Quelle est la cause de ce malaise? Parce que le malaise est réel malgré l’abondance. Et élever les rambardes du pont Jacques-Cartier ne le réglera pas. L’Eden Motel est un microcosme peuplé de marginaux et de dépendants aux prises avec différents versants de ce malaise, avec une intensité elle-même dopée par certains stéroïdes modernes. Ils cherchent à recréer un monde meilleur, un éden d’autoroute, un motel de passes où tout se peut parce que tout est permis.

 

« Suite aux errances que j’ai faites pour écrire mes derniers textes, en Palestine occupée, en Israël, en cette Syrie actuellement éventrée, en Chine communiste ou dans les camps de réfugiés d’Afrique, je reviens en Occident hanté par la rencontre de ces marginalisés de l’histoire… Ces gens, retailles des guerres et des massacres industriels, ces miettes de la colonisation, ils vivent encore en moi. C’est eux que je présente dans les cargos au large du motel. À chaque retour, habité de leur douleur quotidienne, de leurs combats héroïques mais surtout anonymes, je fais face à notre confort, à notre chance et à l’abondance qui nous entoure. À chaque fois, je suis estomaqué : ces privilèges ne nous rendent pas heureux. On se tue chez nous. On se drogue pour dormir, pour se lever le matin, pour passer à travers nos journées. Qu’est-ce qui, en notre mode de vie, nous gangrène si fortement? Et comment alors notre mode de vie peut-il rester si attrayant?  »

Philippe Ducros

 

TEXTE ET MISE EN SCÈNE 

PHILIPPE DUCROS

 

Avec FRANÇOIS BERNIER, LARISSA CORRIVEAU, GUILLAUME CYR, SÉBASTIEN DODGE, MICHEL MONGEAU, MARIE-LAURENCE MOREAU, DOMINIQUE QUESNEL, SÉBASTIEN RENÉ, SASHA SAMAR

 

CONCEPTEURS, LUDOVIC BONNIER, JÉRÔME DELAPIERRE, MARIE-HÉLÈNE DUFORT, ROMAIN FABRE, MAX-OTTO FAUTEUX, SARA FAUTEUX, THOMAS GODEFROID, ÉMILIE MARTEL, CHARLOTTE MÉNARD, LINE NAULT, CAROLINE TURCOT

« Suite aux errances que j’ai faites pour écrire mes derniers textes, en Palestine occupée, en Israël, en cette Syrie actuellement éventrée, en Chine communiste ou dans les camps de réfugiés d’Afrique, je reviens en Occident hanté par la rencontre de ces gens marginalisés de l’histoire… Ces gens, retailles des guerres et des massacres industriels, ces miettes de la colonisation, ils vivent encore en moi. C’est eux que je présente dans les cargos au large du motel. À chaque retour, habité de leur douleur quotidienne, de leurs combats héroïques, mais surtout anonymes, je fais face à notre confort, à notre chance et à l’abondance qui nous entoure. À chaque fois, je suis estomaqué : ces privilèges ne nous rendent pas heureux. On se tue chez nous. On se drogue pour dormir, pour se lever le matin, pour passer à travers nos journées. Qu’est-ce qui, en notre mode de vie, nous gangrène si fortement? Et comment alors notre mode de vie peut-il rester si attrayant? »
- Philippe Ducros -

DATES

Eden Motel a été présenté à Espace Libre du 1er au 19 avril 2014.

http://www.espacelibre.qc.ca/eden-motel

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