Les Productions HÔTEL-MOTEL, compagnie de théâtre dirigée par Philippe Ducros, s’est donné comme mandat de sortir le spectateur des cuisines du Québec, de le faire voyager, afin que la question identitaire propre à notre coin du monde soit ancrée dans une vision macroscopique, en concordance avec les enjeux mondiaux actuels. Son directeur artistique puise une grande partie de son inspiration dans ses multiples voyages. Il veut livrer ses préoccupations aux spectateurs, les porter ainsi à regarder le monde comme une série de vases communicants.


La compagnie a été fondée à l’an 2000 pour la production du spectacle Le 4e Round écrit et mis en scène par Philippe à Espace Libre. Épopée ludique et mystique autour du monde de la boxe, la pièce se passe entre l’Éthiopie et la Turquie et a comme toile de fond le massacre des Arméniens.


Le texte suivant de Philippe, 2025, l’année du Serpent, traite de la médiatisation de la guerre et de notre rôle de citoyens de l’ONU dans les conflits mondiaux. L’envie de collaboration l’a emporté, Philippe l’a donc mis en scène en 2002 dans une production du Théâtre du Grand Jour. Ce texte est lauréat de la Prime à la création du fonds Gratien-Gélinas de 2002. Il est en voie d’être adapté en bande dessinée par Nicolas Valet.


Depuis, nous avons produit près d’une dizaine de projets, dont L’affiche, en décembre 2009, sur les impacts de l’occupation de la Palestine des deux côtés du mur. Le texte s’attarde aux processus de martyrisation, à la récupération du drame intime par la sphère publique et politique. Pour l’écrire, Philippe est allé à six reprises au Proche-Orient dont trois fois en Palestine occupée et en Israël, il a publié des carnets de voyage et présenté des expositions photo. Le spectacle frappe puissamment. Salles combles.

Le texte de L’affiche a été des cinq finalistes du Grand prix de littérature dramatique en France, décerné à un écrivain de théâtre d'expression française pour une pièce éditée en 2009. Notre production est lauréate de quatre Cochons d’Or, dont Meilleur texte et Production de l’année, en plus d’être lauréate du Spectacle de l’année 2009-2010 de L’Association québécoise des critiques de théâtre. Plus de 60 représentations ont lieu sur le territoire du Québec, du Nouveau-Brunswick et même jusqu’au festival Les Francophonies en Limousin en France.

À travers ces projets, HÔTEL-MOTEL a aussi produit trois expositions photo tournant autour des univers des spectacles, ainsi qu’une exposition solo, La rupture du jeûne, regroupant des photos du Liban, de la Syrie, d’Israël et de Palestine, présentée à la Maison de la culture Frontenac en 2006.

Nous y sommes retournés au printemps 2011 pour y présenter La porte du non-retour en coproduction avec le Festival TransAmériques. Au lieu d’un évènement monstre pour les 10 ans de la compagnie, nous avons privilégié un bilan introspectif sur l’impact de ces pèlerinages extrêmes à la base de notre démarche. Ce projet a été repris en France, en Suisse, au Québec et en Ontario en plus d’être invité en programmation officielle du Festival d’Avignon en 2013. Près de 40 semaines de représentations plus tard, La porte du non-retour est encore en tournée.


Octobre 2015. Notre dernière création, Bibish de Kinshasa, est une adaptation du roman Samantha à Kinshasa de Marie-Louise Bibish Mumbu. Se passant encore une fois en RDC, ce projet fait écho à La porte du non-retour, célébrant cette fois-ci la vie et la résilience de ceux qui restent debout, là-bas, entre la violence et les volcans. Bibish de Kinshasa a été de la programmation du Carrefour International de Théâtre de Québec et est encore en tournée.


Notre dernière création, la pièce Dehors de Gilles Poulin-Denis sur les liens entre territoire et identité, fut créée en mars 2017 au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, est allée ensuite au Centre National des Arts d’Ottawa et sera au Théâtre Cercle Molière de Saint-Boniface cet automne.


Notre prochain projet, La cartomancie du territoire est une création théâtrale et vidéographique sur notre rapport aux réserves autochtones et aux réserves naturelles, sur la colonisation du territoire et de la pensée. Le tout est basé sur plusieurs séjours dans différentes communautés des Premières Nations du Québec, allant jusqu’au pénitencier de New Carlisle, où leur surreprésentation est symptomatique. Le texte est des finalistes du Prix de la dramaturgie de langue française de la SACD.

Nous travaillons actuellement sur le Projet souverainetés, conçu avec des artistes du Québec et d’Écosse, qui questionne la notion de souveraineté, ses entraves et ses nécessités. Ces deux nations impliquées ont connu, toutes deux, divers mouvements sociaux d’importances dont l’enjeu primordial était la souveraineté. Qu’en est-il aujourd’hui de ces volontés d’indépendance ? Comment la définition identitaire survit-elle à la mondialisation, à la perméabilité des frontières économiques et aux montées d’extrêmes-droites ?


Entretemps, entre aout 2010 et juin 2014, Philippe a été directeur artistique d’Espace Libre, important lieu de création et de diffusion montréalais (www.espacelibre.qc.ca).

Peu après, il s’est vu décerner le Prix du Public pour la Paix 2015 (http://prixpublicpaix.org/philippe-ducros/), dans la catégorie Artisan de paix en émergence.


HÔTEL-MOTEL est subventionnée par le Conseil des arts de Montréal, le Conseil des arts et des lettres du Québec et le Conseil des arts du Canada.



Je est un autre (mot de la direction artistique)

                

« Je est un autre disait Rimbaud avant de devenir marchand d’armes dans l’ancienne Éthiopie… En tant qu’artiste, en tant que citoyen, je me suis formé sur les routes, à travers le monde. Peu à peu, mon identité s’est formée de ces voyages, et mes préoccupations se sont ancrées dans cette globalité. Proche-Orient, Bosnie, Chine profonde, mouroirs d’Inde, Palestine occupée, camps de réfugiés, et convois humanitaires… Voilà le paysage des œuvres issues de HÔTEL-MOTEL, voilà leur particularité. On ne revient pas inchangé de ces descentes aux marges des civilisations… Le traumatisme est réel, les bases de la personnalité en sortent reformulées. Les rencontres en zones de conflits, de précarité absolue, sont rapidement profondes et puissantes… Ces gens m’ont offert leurs histoires pour que je les livre au monde. S’en dégagent un sentiment de responsabilité et une urgence qui font des projets qui en découlent, des prises de paroles qui me sont essentielles. Parler d’eux revient peu à peu à parler de moi. L’art ne peut changer le monde, répliqueront certains cyniques. Par ces projets, j’ai la preuve du contraire : à travers eux, j’ai moi-même changé. 

Je crois que l’art peut apporter un regard différent du journalisme traditionnel face aux enjeux internationaux et à ceux qui en sont victimes. Il peut faire sentir ce qui est invisible, caché derrière le sensationnalisme, les statistiques et les brèves télévisées. L’art permet d’atteindre une compréhension plus viscérale de ce que ces enjeux peuvent faire vivre aux humains. C’est une de ses forces, de ses beautés. Et qui sait, il peut ensuite en découler une force d’action sur ce monde… J’ai besoin de dire ce que j’ai vu, ce que j’ai vécu, d’écrire, de faire des spectacles sur les laissés-pour-compte de nos civilisations globales. Je suis un témoin oculaire au procès des nations. Nous le sommes tous, mais suite à ces voyages, à ces rencontres, ce rôle m’est devenu incontournable. Je suis le témoin. 

De plus, aller jusque là-bas, aux marges des civilisations, c’est aussi leur dire que nous ne sommes pas indifférents. Et je crois finalement que c’est surtout parler de moi. De ce moi qui devient peu à peu un autre, comme le disait Rimbaud. »

Philippe Ducros, directeur artistique de HÔTEL-MOTEL.



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