République démocratique du Congo (2010)

« Lui : Revenir de la République démocratique du Congo, de ses camps de réfugiés, de déplacés internes, et faire semblant de rien, c’est tuer en soi la part d’innocence qui restait avec les années. C’est tuer un peu du soleil, un peu de la beauté des femmes, c’est assassiner l’amour et les minijupes des rues de Montréal au printemps. Et pourtant, c’est tout ce qu’on peut faire. Sinon, tout meurt. Pour recommencer à marcher les rues, à sourire, redevenir fonctionnel, on doit tremper les mains dans le petit meurtre de l’oubli, collaborer avec les ogres qui dévorent l’humanité. »

Extrait de La porte du non-retour

Après les représentations de L’affiche sur l’occupation de la Palestine, certains spectateurs me demandaient pourquoi je me sentais responsable de ce qui se passe à l’autre bout du monde. M’étant formé en tant qu’artiste, mais aussi en tant qu’homme, sur les routes, sous les fuseaux horaires, la réalité de vase communiquant qui est propre à notre monde et à ses économies me semblait évidente. M’est venu le besoin de la démontrer. Au même moment, j’ai été invité à Kinshasa pour une lecture de L’affiche… Ce texte permettait aux Kinois de parler de leurs guerres sans devoir revivre directement leurs traumatismes.

J’y suis donc allé… Pour ne jamais pouvoir revenir tout à fait. Je suis arrivé à Kinshasa et, de là, je suis embarqué sur un vol humanitaire de l’ONU vers Goma, au cœur de la zone de conflit, au pied des volcans. Puis dans un convoi du Norwegian Refugee council vers le camp de déplacés internes Mugunga 3. Il y a en permanence, depuis la moitié des années 90, entre 500 000 et un million de déplacés internes en RDC. En plus des réfugiés.

Encore une fois, j’ai fait des carnets, des photos aussi. Ces carnets et ces photos ont été distillés dans le projet La porte du non-retour. Mais voici quelques extras.